Imprimer

Cliché : Nos ancêtres "Les Gaulois"

Écrit par Andrée Larrue-Naulet. Associe a la categorie Clichés


Tous les maîtres ont toujours été conscients du fait que l'enseignement devait être « adapté », c'est-à-dire qu'il ne devait pas dissocier l'enfant (et plus tard l'adulte) du milieu traditionnel, géographique et humain dans lequel il vivait »*, en un mot, qu'il fallait respecter son identité. Les exemples d'adaptation ne sont pas difficiles à trouver dans l'œuvre des enseignants d’Algérie

Nous sommes sans doute nombreux à avoir entendu autour de nous des gens prétendre que tous nos écoliers sans exception, qu'ils soient de France, d'Algérie, du Sénégal ou d'ailleurs, apprenaient dans leurs manuels scolaires qu'ils descendaient des Gaulois et étaient invités à bien assimiler la leçon. Ignorance ou interprétation tendancieuse? L'une et l'autre sans doute. II est certain que, pendant longtemps, les livres scolaires ont été les mêmes en métropole et dans les territoires d'outre-mer. Qui n'a pas connu parmi les gens de mon âge ou des générations suivantes L'Histoire de Lavisse au primaire ou de Mallet et Isaac au secondaire? Mais c'est vraiment mal connaître le bon sens, l'honnêteté et la conscience professionnelle des enseignants du cadre français en Algérie que de les accuser d'avoir suivi les livres pas à pas sans faire les réserves qui s'imposaient.

Tous les maîtres ont toujours été conscients du fait que l'enseignement devait être « adapté », c'est-à-dire qu'il ne « devait pas dissocier l'enfant (et plus tard l'adulte) du milieu traditionnel, géographique et humain dans lequel il vivait »*, en un mot, qu'il fallait respecter son identité. Les exemples d'adaptation ne sont pas difficiles à trouver dans l'œuvre des enseignants d'Algérie.

Personnellement, en 1930, j'étais élève de secondaire au collège de jeunes filles de Bône (Annaba) et nous avions comme livre d'histoire un Mallet et Isaac. Or l'histoire de Bône est riche en souvenirs. L'un de nos professeurs de lettres prenait donc la peine, chaque semaine, en plus du cours du programme, de nous donner un cours sur l'histoire régionale, et même sur la faune et la flore particulières au pays. Par la suite, au lycée d'Alger, notre professeur n'a jamais manqué, tout en appliquant le programme, de faire un petit détour pour insister sur un fait particulier à l'histoire de notre province. Au primaire, les maîtres avaient mis au point une documentation complète consacrée à la classe typiquement algérienne qu'était le cours préparatoire d'initiation.


J'ai actuellement sous les yeux deux livres de lecture et de français (cours préparatoire et élémentaire) de Bourgeois et Basset, Cent et une lectures pour Ali et Fatima, Bonjour Ali Bonjour Fatima ! de Nathan. A mon avis, ils ne sont pas parfaits, nous sommes loin cependant de « Nos ancêtres les Gaulois ». Ces livres (1949) font suite à une autre méthode plus ancienne, mais de même esprit.


Plus intéressant encore est un petit livre d'histoire de France et d'Algérie de . Bonnefin et M. Marchand, cours élémentaire et moyen (Hachette), qui traite l'histoire sur le thème Que se passait-il en Algérie à l'époque où tel événement arrivait en France ? Ce livre est conforme aux instructions et programmes de 1949. Ce n'est pas non plus le premier livre d'histoire du genre.

Il est bien évident que l'enseignement de l'arabe n'était pas négligé pour ceux qui voulaient s'y adonner, des cours étant organisés dans tous les lycées et collèges. D'autre part, des écoles arabes religieuses privées fonctionnaient dans tout le pays.


Cette petite mise au point m'a été suggérée par une réflexion émise avec la meilleure foi du monde par une personne qui, comme beaucoup d'autres, critiquait l'enseignement français en Algérie sans bien le connaître. Loin de moi l'idée de prétendre que ; « tout a toujours été pour le mieux dans le meilleur des mondes », sur le plan de l'éducation comme sur d'autres... mais il y a quand même eu des résultats positifs qu'il est injuste: de nier et les enseignants en ont pris leur juste part.

Andrée Larrue-Naulet



Pour conforter la position de l'auteur, signalons quelques autres ouvrages :

- Bernard et Redon, L'Algérie, histoire, colonisation, géographie et administration, Jourdan, 1906 (à l'usage des écoles primaires, des écoles primaires supérieures, des classes élémentaires des lycées et collèges, des cours d'adultes).

- Bernard et Redon, L'Algérie, Carbonel, 1925 (à l'usage des cours élémentaires et moyens).

- Bonnefin et Marchand, Histoire d'Algérie et de France, Hachette, 1950 (cours élémentaire).

- Sauzean Germaine et Jean, Pages africaines, Boisselier, 1950 (lectures choisies pour le cours moyen).

- Abbad, Renaud et Aitovahia, La lecture liée au langage, Hachette, 1952 (nouvelle méthode de lecture à l'usage des CPI et CP des écoles nord-africaines).


*Terrissl A., Le livre de l'instituteur d'Afrique noire, F. Nathan, éditeur.


In : « l’Algérianiste » n° 103



Vous souhaitez participer ?

La plupart de nos articles sont issus de notre Revue trimestrielle l'Algérianiste, cependant le Centre de Documentation des Français d'Algérie et le réseau des associations du Cercle algérianiste enrichit en permanence ce fonds grâce à vos Dons & Legs, réactions et participations.