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La part de l'Ardèche à la mise en valeur de l'Algérie

Écrit par Pierre Gourinard. Associe a la categorie France

 

La conquête de l'Algérie n'a pas été le fait unique des militaires. Son prolongement pacifique, la colonisation, a rassemblé des éléments fort divers dont les provinces françaises ont constitué une partie très importante. Nous commençons aujourd'hui une étude sur la partici­pation des régions françaises à cette grande aventure et nous invitons tous nos lecteurs et amis à nous aider en nous envoyant tous les docu­ments qui pourraient servir à mieux connaître cet aspect de notre histoire.

La colonisation de l'Algérie intéresse le département de l'Ardèche qui a fourni un important contingent de départs. Ceux-ci s'échelonnent sur une très longue période. Il est intéressant de savoir en quelles régions d'Algérie ce mouvement s'est produit, afin de mieux suivre les aléas de la colonisation.
Une étude exhaustive des fonds d'archives départementaux permet un éclairage nouveau, mais leur va-leur documentaire reste bien inférieur à celles des archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence, où demandes de renseignements, feuilles de soumission, titres de concession provisoires puis définitifs, états des lotissements concédés, constituent de précieux éléments (1).

Pour le moment, nos principales sources sont des actes de concession de terrains, des avis de villages à lotir, des notes de renseignements émanant du Gouvernement général de l'Algérie et transmises à la préfecture de l'Ardèche et aux sous-préfectures. Nous trouvons également des demandes de passages gratuits, de Marseille à Alger, principalement, avec la réponse des autorités compétentes et enfin un certain nombre de déchéances (2).

Quelle est l'origine géographique des colons ? Dès le Second Empire, la plus grande partie proviennent de l'arrondissement de Largentière, donc du sud-ouest du département de l'Ardèche. Celui de Privas vient ensuite, avec prédominance très marquée des communes méridionales qui constituent la limite départementale du sud-est, jusqu'au Rhône. L'arrondissement septentrional de Tournon n'offre guère de demandes, sauf, et dans une assez faible mesure, dans la région montagneuse des Boutières, à l'ouest. Si l'arrondissement de Privas ne présente qu'un contingent de moyenne importance, limité surtout aux communes rhodaniennes assez peuplées, celui de Largentière révèle toutes les conditions requises pour l'émigration, densité de population assez forte pour un sol aride, crise économique d'une particulière gravité, puisqu'elle affecte les deux productions essentielles, la sériciculture et, à partir de 1878, la vigne, les ravages du phylloxera rendant précaire la situation matérielle de tous les petits propriétaires.

Le Second Empire et le début de la Troisième République sont particulièrement durs pour le département. Dès la crise économique de 1847, et les mauvaises récoltes qui suivent, la situation devient désastreuse, d'autant plus que les coutumes locales, en fait d'héritage, n'arrangent rien. Le paysan donne à celui de ses enfants qu'il juge le plus apte le quart en sus dont la loi lui permet de disposer. Le bénéficiaire n'est pas forcément l'aîné. Excellente dans son principe, cette coutume n'en est pas moins cause d'abus. Trop souvent, établir un « aîné », c'est tout donner à un seul, en frustrant les autres enfants ; mais les aînés sont souvent victimes de l'usage, et obligés d'hypothéquer leurs biens pour payer la part de leurs cadets et tombent sous la coupe des prêteurs d'argent. De plus, la crise des années 1850 a obéré plus d'un patrimoine. De 1850 à 1870, la propriété dans le bas Vivarais, c'est-à-dire dans l'arrondissement de Largentière et dans une partie de celui de Privas, a perdu en moyenne les deux cinquièmes de sa valeur (3).

Un sous-préfet de Largentière, Eugène Villard tentait à la fin de la Deuxième République d'analyser les mécanismes de la crise dans son arrondissement, et à propos de la dette hypothécaire, il écrivait : « Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'en cas d'une liquidation forcée, les frais de justice prélevés, cette dette absorberait le prix des immeubles sur lesquels elle est établie.» (4)

Ajoutons à cela l'impossibilité de faire face aux intérêts de la dette et sans doute trouvons-nous une des causes essentielles de l'émigration.

Les départs ne se sont pas effectués de façon anarchique. Ils ont obéi à des prescriptions administratives. Les garanties morales et matérielles, exigées des candidats à la colonisation, deviennent de plus en plus impératives. Les maires, à la demande des préfets et sous-préfets, doivent formuler leur avis sur la personnalité des postulants et leur moralité. Dans certains cas, des rapports de gendarmerie sont requis. Ces renseignements sont d'ailleurs nécessaires pour l'obtention des passeports d'indigents. Cette dernière formalité apparaît fréquemment entre 1852 et 1870, pour disparaître presque complètement par la suite. Ainsi, en date du 22 décembre 1857, la sous-préfecture de Largentière adresse une demande de passeport d'indigent avec secours de route formulée par la demoiselle Marie Mollier, de la commune de Balazuc, qui désire se rendre à Oran. Une lettre du maire de la localité, jointe au dossier, donne en marge le signalement de la requérante, âgée de vingt-trois ans, et qui obtient le secours de route.

L'assurance du travail promis à l'arrivée constitue la meilleure garantie pour une administration qui ne veut pas voir se multiplier les échecs, mais souvent la modicité des ressources requiert un secours de route. Quelquefois aussi, les demandes d'autorisation de passage gratuit et de passeports d'indigents sont provoquées par des sinistres. Ainsi, en mai 1863, Augustin Breysse, de Mazan, bottier et qui déclare avoir de l'ouvrage à Orléansville, désire le passage gratuit, car, écrit-il, « il n'a pas le moyen de payer le passage par suite des pertes éprouvées », il est marié et père de deux enfants, de six et deux ans. La demande reçoit un avis favorable.

Il en est de même de la demande de Placide-Pierre Chabert, teinturier à Viviers, né à Pierrelatte, dans la Drôme, quarante-huit ans, père de quatre enfants, entre quinze et vingt-cinq ans. Une lettre du maire de Viviers expose la situation de l'impétrant : « Ayant perdu, par l'inondation du Rhône, tout son matériel et ses drogues, sans ressource pour se remplacer (sic), n'ayant pour tout avoir que sa petite maison détériorée et dans le bas quartier de la ville, il désirerait se rendre en AIgérie auprès de son frère Pierre, maire de Mouzaya, qui l'appelle auprès de lui pour le secourir. Il désire le secours de Viviers à Marseille.»

D'anciens militaires obtiennent également le passage avec secours de route, Victor Chabert, de Largentière, maréchal-ferrant, ancien artilleur, vient de recevoir du ministre de la Guerre un passage gratuit avec sa femme, de Marseille à Oran, mais sollicite également un secours de route, de Largentière à Marseille. Sa requête est appuyée par l'adjoint au maire, qui, dans une lettre au préfet de l'Ardèche, donne quelques indications sur ce qu'un colon pouvait emporter avec lui, s'il désirait continuer d'exercer sa profession outre-Méditerranée : « Pour se rendre de Largentière à Marseille, tous ses outils, enclume, divers marteaux et autres nécessaires à sa profession, pesant au moins 150 kg, outre les ustensiles et autres effets de ménage, lui occasionneront des frais de transport très élevés pour un pauvre ouvrier qui cherche d'aller en Algérie manger un pain honorable (sic). Dans cette position, l'exposant vient supplier Monsieur le Préfet de vouloir bien lui faire accorder un secours de route de Largentière à Marseille, pour pouvoir accomplir son désir sus-dit. »

Le postulant joint une lettre et explique qu'après avoir servi dans l'artillerie et exercé la profession de maréchal-ferrant, il avait pu acquérir quelques connaissances sur l'art vétérinaire.

D'autres actes mentionnent des noms de personnages notables de la colonisation. Un garde forestier de Saint-Thomé, au nord-ouest de Viviers, François Briand, est appelé en Algérie en qualité de garde particulier, chez le baron de Vialar, propriétaire à Béni-Messous, près d'Alger.

Le 21 septembre 1856, le colonel Marengo, vétéran des guerres de l'Empire et premier maire de Douéra, certifie que le sieur Cappone, propriétaire à Saint-Ferdinand, promet du travail à Auguste Rieu, trente-quatre ans, de Largentière, où il possède un peu de terres, et prie les autorités de bien vouloir lui accorder le passage pour l'Algérie, ainsi qu'à sa famille, composée de sa femme, de ses trois enfants et de son beau-père Victor Chabert (5).

Une seule mention de religieux est relevée. En août 1855, André Arsac, frère des Écoles chrétiennes, de la commune de Saint-Barthélémy-le-Pin, près de Lamastre, dans l'arrondissement de Tournon, instituteur à Constantine, autorisé à venir en France pour se rendre auprès de sa famille, demande une autorisation de passage gratuit en Algérie, pour retourner à son poste. La demande, qui est agréée est accompagnée d'une attestation du vicaire général, revêtue des sceaux de l'évêché d'Alger et de l'église N.-D.-des-Sept-Douleurs de Constantine.

Les documents se raréfient à partir de 1860 et jusqu'en 1875. Faut-il rapprocher cette carence des oscillations des dix dernières années du Second Empire, lorsque le pouvoir semble privilégier la colonisation par grandes sociétés, sans préjudice des conséquences de la formule du « royaume arabe » ? Nous nous contentons de poser la question. L'amiral de Gueydon, de 1871 à 1873, le général Chanzy, de 1873 à 1879, les deux premiers gouverneurs généraux civils, donnent une vive impulsion à la colonisation, stimulée par l'arrivée des Alsaciens et Lorrains après 1871 et aussi par de nombreux viticulteurs méridionaux victimes des ravages du phylloxera. Les offres de concessions sont faites par le service des Renseignements généraux du Gouvernement général de l'Algérie, sis à Paris, 11, rue Le Peletier, qui publie un Bulletin hebdomadaire. Ce service possède des correspondants départementaux soucieux d'exposer l'état des concessions de terre.

Pendant la campagne agricole du 1er septembre 1876 au 30 août 1877, l'exemple d'une localité de Kabylie permet quelques remarques intéressantes. Bordj-Boghni est situé à 14 kilomètres de Dra-El-Mizan, sur la route de ce centre à Fort-National (6). On y trouve cinquante-cinq feux et cinq fermes isolées. Des précisions suivent sur le climat, les ressources, l'implantation humaine près de ce village en formation.

Dès le début de la colonisation de la Kabylie des demandes sont formulées. Le 25 août 1858, une autorisation est accordée à Pierre Plante-vin, d'Aubenas. Il part avec sa femme, son jeune enfant et son frère. Etienne Jouve, un tailleur de pierres, également d'Aubenas, établi en Kabylie depuis plusieurs années, donc certainement l'un des tout premiers Français arrivés à la suite des troupes de Randon, doit lui donner du travail.

A partir de 1880, un nombre important de requêtes intéressent les centres de Mékla et d'Azazga (7). Toutefois, pour le second, les déchéances sont nombreuses. Très curieusement, sur vingt-trois déchus relevés sur une liste de trente-trois attributaires ardéchois, treize sont originaires de la même commune et celle-ci avait fourni quinze demandes d'attribution affectées au seul centre d'Azazga. Les déchéances, on l'a vu, étaient prononcées lorsque le concessionnaire ne pouvait ou ne voulait résider sur les terres qui lui étaient allouées. Souvent, la maladie contractée au moment de l'installation l'empêchait de satisfaire à ses obligations et il préférait renoncer. Les cas tragiques n'étaient pas rares. Nous en trouvons un dans une lettre envoyée par la préfecture de Constantine. Le conseiller chargé de la colonisation s'adresse au sous-préfet de Largentière : « Par lettre du 12 octobre dernier, M. le maire de Chambonnas m'a demandé quelle était la situation pécuniaire du sieur Jean-Pellet, concessionnaire à Bordj-R'Dir, décédé le 28 septembre 1882 à l'hôpital de Sétif et, notamment, s'il a laissé dans sa concession quelques récoltes... J'ai l'honneur de vous prier de faire connaître à M. le maire de Chambonnas qu'en ce qui concerne la situation pécuniaire du défunt, les renseignements qui m'ont été fournis par l'autorité locale, établissent qu'il n'a laissé à El-Anasser, ni à Bordj-R'Dir aucun objet immobilier ni aucune somme d'argent. Quant aux récoltes, le sieur Pellet n'ayant été mis en possession de son lot que le 23 mai dernier, la concession qui lui a été accordée avait été louée avant son arrivée en Algérie. Or, suivant une décision de M. le gouverneur général, les colons mis en possession après le 1er avril n'ont droit qu'à la moitié du produit net de leur concession. Par suite, il revient au sieur Pellet environ cinq quintaux d'orge et deux de blé qui sont encore détenus par l'indigène qui a cultivé le lot qui lui avait été attribué. »

La colonisation ne saurait être étudiée avec des « lunettes roses », quelles que soient les garanties de l'Administration, pourtant réelles. Ainsi, le 2 janvier 1879, le préfet de l'Ardèche, Henri Gravier, adresse une circulaire aux maires de son département. Il s'agit toujours d'instructions relatives aux demandes de concessions de terres. Parfois, les maires eux-mêmes demandent les directives nécessaires. C'est le cas, le 18 février 1899, de celui de Dompnac, commune de l'arrondissement de Largentière ; il sollicite le programme de colonisation de l'année. La lettre est transmise au directeur des Renseignements généraux sur l'Algérie. La réponse précise le rôle important du correspondant départemental. Pour rendre plus efficace sa propagande, il doit être mis le plus tôt possible en possession d'une notice à transmettre à chaque commune de son département, et qui mentionnera les centres à peupler ou à agrandir. De Paris, le 20 mars 1899, vient une note à l'intention du correspondant départemental à Privas : « En réponse à sa communication, j'ai l'honneur de faire connaître à M. le correspondant que, le nouveau programme de colonisation n'étant pas encore parvenu, je ne suis pas en mesure d'en mettre des exemplaires à sa disposition, mais il ne me sera pas possible de lui en envoyer 339 comme il le demande, ayant à en pourvoir de nombreux départements. Le Bulletin hebdomadaire devant insérer ce programme dès son apparition, il pourra être ainsi en partie suppléé à cette insuffisance. »

Parfois, le maire met le préfet en garde contre de fausses déclarations d'avoir. Le Gouvernement général se charge aussi du rappel des règles édictées. Ainsi les personnes trop âgées sont écartées comme n'étant pas en état de faire valoir elles-mêmes une propriété rurale où tout est à créer. En 1892, une demande d'un entrepreneur de travaux publics de Montpezat, dans l'arrondissement de Largentière, ne peut recevoir de suite favorable, les concessions sont réservées aux cultivateurs de profession.

Toutefois, des dérogations sont possibles, si l'on en juge par l'exemple d'Henri-Auguste Cornet, instituteur public à Saint-Alban-d'Ay dans l'arrondissement de Tournon. Le 12 novembre 1900, l'instituteur adresse, par l'intermédiaire du correspondant un dossier complet très soigneusement rempli. Il précise que le maire de Saint-Alban n'a pas cru devoir lui délivrer le certificat exigé de crainte qu'il ne puisse vivre en Algérie avec sa famille et il poursuit ainsi : « Je vous prie bien de croire que nous regrettons vivement de ne pouvoir aller coloniser notre nouvelle France et de faire œuvre civilisatrice et patriotique. Et peut-être bien qu'avec nos modestes moyens et mon peu d'instruction, j'aurais pu encore rendre quelques services à notre pays dans cette bonne Algérie.»

La feuille de renseignements réglementaire qui indique la date de naissance — 1859 — du requérant, celles de son épouse et de ses quatre enfants, de dix à un an, mentionne aussi, selon les prescriptions, les ressources pécuniaires. Cette précision est particulièrement intéressante, puisqu'elle concerne une profession relevée dans aucun autre dossier.

« Nous avons 400 francs en valeur immédiatement réalisables, 1.000 francs sur une propriété et rien en matériel agricole. Mais je possède les aptitudes indispensables à l'exploitation d'une concession. »

Aussi, le 21 septembre 1901, après un avis, cette fois ci favorable du maire de Saint-Alban-d'Ay, le correspondant estime qu'il y a lieu d'accueillir très favorablement la demande : « Indépendamment de sa qualité d'instituteur, M. Cornet connaît fort bien l'agriculture. Il peut faire un excellent colon et mettre un lot en valeur. »

Deux exemples donnent un aperçu des ressources déclarées par les candidats à la colonisation. Le sieur M..., de la commune de Laboule-et-Valos, dans l'arrondissement de Largentière, affirme : « Je possède pour une somme de 3.000 F environ de propriétés, 500 F de bétail, dont 22 moutons, 3 chèvres et un porc, 1.500 F d'argent placé chez des propriétaires, ainsi que 300 F en espèces. »

Un cordonnier de Payzac, dans le même arrondissement, Alphonse C., voit, comme le précédent, sa demande transmise avec avis favorable pour le centre d'Horace-Vernet, en Kabylie. Il déclare posséder « une somme de 10.030 F en billets de banque, pièces et billets à ordre, plus une propriété y compris une maison d'habitation. »

A partir de 1880, hormis la Kabylie, les concessions sont surtout attribuées dans la plaine du Cheliff, à la faveur de l'agrandissement des centres de Carnot et de Kherba. Autour de 1885 et dans les dernières années du siècle, elles sont nombreuses en Kabylie orientale, dans la vallée de la Soummam. Lorsque les lots de colonisation se raréfient, elles sont reportées surtout vers le Sersou, sans disparaître complètement de la Kabylie et de la plaine du Cheliff.

Dès les premières années de ce siècle, le gouverneur général informe les préfets qu'il ne reste plus de concession disponible en Algérie que dans certains centres, Sersou surtout, Constantinois à la limite des hauts plateaux. En mars 1907, il est fait mention de deux centres dans le département d'Alger, cinq dans celui d'Oran et un dans celui de Constantine. Les lotissements sont rapides puisqu'en août de la même année ne subsistent que trois centres du Sersou, un dans l'Algérois et deux en Oranie. Trois nouveaux, il est vrai, sont signalés dans le Constantinois. Au lendemain immédiat de la Première Guerre mondiale, les zones inscrites au programme de colonisation se trouvent encore localisées aux hauts plateaux et à la Kabylie. Pour cette dernière région, nous décelons des lots d'agrandissement situés autour de la commune d'Horace-Vernet, où des postulants ardéchois avaient déjà obtenu des concessions autour de 1900. Il ne semble pas que les nouveaux colons, originaires des communes de Dompnac et des Assions, dans l'arrondissement de Largentière, aient vu leurs efforts couronnés de succès. Ils ont dû renoncer et se fixer ailleurs, comme leurs devanciers. Le lotissement du centre n'a donné que de maigres résultats.

Les démarches entreprises obéissent aux mêmes règlements, à quelques nuances près. Ainsi, en juillet 1919, un avis favorable est donné à la requête de M. Marius Mesclon des Assions, mais ses titres ne seront examinés qu'au moment de la création des centres qui seront portés au programme de l'année. Il en est de même pour un habitant de Sanilhac, dans l'arrondissement de Largentière.

Il serait intéressant d'établir une comparaison avec d'autres départements qui ont fourni un nombre plus ou moins important de colonisateurs. Cette fidélité ardéchoise à l'établissement outre-mer ne se dément pas, même à l'extrême fin de la colonisation, au lendemain de la Première Guerre mondiale. En est-il de même d'autres provinces ? Nous répondons par l'affirmative pour l'Alsace et la partie de la Lorraine annexées en 1871, mais de fructueuses recherches pourraient être entreprises. Nous pensons aux départements de la bordure méridionale du Massif Central, comme le Tarn et l'Aveyron, qui partagent précisément avec l'Ardèche les premières places pour l'installation en Algérie (8).

Pierre GOURINARD.

Cet article a paru pour l'essentiel dans la Revue du Vivarais, tome LXXI n° 2 avril-juin 1969, n° 618. Nous remercions M. l'abbé André d'avoir bien voulu en autoriser la reproduction.

(1)Nous avons utilisé essentiellement la série M des Archives départementales de l'Ardèche (dossiers non cotés en 1969) et nous avons procédé à quelques sondages dans les séries L et M des Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence, afin de compléter quelques données de l'article initial.
(2)Les déchéances étalent prononcées lorsque le concessionnaire ne pouvait ou ne voulait résider sur les terres qui lui étaient allouées. La série M des Archives départementales de l'Ardèche comprend essentiellement les listes nominatives des déchéances. Les dossiers qui indiquent les raisons, abandon volontaire ou défaut de résidence, se trouvent aux Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence.
(3)Voir à ce sujet : Docteur Francus (pseudonyme d'Albin Mazon) : Voyage autour de Valgorge, Privas, 1878, réédition à Aubenas en 1967, pp 234 à 265.
(4)Eugène Villard : Situation des intérêts agricoles dans l'arrondissement de Largentière, 1852.
(5)Le colonel Marengo se nommait lui-même Cappone. Existait-il un lien de parenté avec ce propriétaire du Sahel ?
(6)Par le suite, Bordj-Boghni, habituellement nommé Boghni.
(7)Pour Mékla et Azazga, voir Archives d'outre-mer, Aix -en-Provence, séries L et M. Cette dernière contient les dossiers des concessionnaires. Le choix d'Azazga fut-il favorisé par les conseils d'un sous-préfet? Il nous a été impossible de vérifier l'authenticité de cette allégation transmise dans notre famille. Ce fonctionnaire avait-Il exercé en Ardèche ou en Kabylie ?
(8)De précieuses indications sur l'origine des colons sont fournies par la thèse de M. Xavier Yacono, sur la colonisation dans le Cheliff et dans celle de M. Pierre Bozon, la vie rurale en Vivarais, Valence 1961. Cette dernière traite exclusivement des émigrants ardéchois.

In l’Algérianiste n° 5 de mars 1979

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