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Sidi-Lahssen : Détrie

Écrit par Administrateur. Associe a la categorie Oranie

Sidi Lahssen1-Photo-vue-densemble

Dans la région de Sidi-Bel-Abbes, l'installation des premiers colons est surtout freinée par le paludisme.

La Légion Etrangère et les Chasseurs doivent tout autant assainir les rives de la Mekerra, couvertes d'une brousse de lentisques et de jujubiers, que combattre les Beni-Ameur, les Ouled-Brahim et Abdel-Kader lui-même.

Les premières maisons de Sidi-Bel-Abbes sont construites sur ce qui sera l'esquisse des faubourgs Marceau et Thiers.

En juin 1843, le village de Détrie, situé à six kilomètres au sud-ouest de Sidi-Bel-Abbes n'est encore connu que sous le nom de Sidi-Lahssen.

Bref rappel historique

La plaine de Sidi-Bel-Abbes était peuplée par des Berbères qui cultivaient les sols dés le Ille siècle avant Jésus Christ. C'est au cours du Il° siècle, avant notre ère que les romains s'établissent dans la région, se retranchent dans un fort doté de réserves dans le djebel Tessalah.

A partir du 12° siècle, les Mediouna occupent la partie la plus fertile de la chaîne, propice à la culture du blé.

A l'arrivée des Français, les Amarnas sont sur le territoire de la future ville, les Hadjez sont installés de la Mekerra au pied du Tessalah. Les Ouled Sidi-Brahim sont à l'Ouest.

En 1843, le général Bedeau s'installe sur la rive droite de la Mekerra, face à la blanche koubah du vénéré Sidi-Bel-Abbes. Cet emplacement sert depuis 1840 de gite d'étape aux troupes françaises. Il prend tout naturellement le nom du marabout : Sidi-Bel-Abbes.

En 1845, après une tentative d'infiltration de 56 membres de la fraction des Ouled-Brahim, dans une redoute située à proximité de la koubah de Sidi-Bel-Abbes, la grande confédération des Beni-Amer se réfugie au Maroc.

Le 1er Régiment Etranger occupe alors avec son 3e bataillon, une redoute avec magasin de vivres, située près de la koubah.

La réduction des bandes de Bou-Maza, le 13 avril 1847, la reddition d'Ab-El-Kader, le 23 décembre 1847 amorcent une ère de paix qui facilite la création de nouveaux centres.

Sidi-Lahssen

Comme tous les villages, Sidi-Lahssen a une histoire, faite des sacrifices d'hommes et de femmes. Une histoire passionnante qui vit encore par les descendants des pionniers de ce village.

Peut-être est-il encore temps de la rappeler, avant que le souvenir de ceux qui l'ont écrite, ne s'évanouisse dans des brouillards plus denses que ceux, qui de temps en temps enveloppent cette plaine de Sidi-Bel-Abbes.

Géographie et climat de la région

Au sud des collines du Sahel d'Oran s'allonge sur près de 30 kilomètres, l'immense dépression de la sebkha Cette étendue salée d'une éclatant blancheur est dominée au sud par l'imposant sommet du djebel Tessalah, 1061 mètres d'altitude, aux pieds duquel s'étend la plaine intérieure de Sidi-Bel-Abbes limitée au sud par les monts de Daya (Bossuet).

La plaine de Sidi-Bel-Abbes, altitude moyenne, 500 mètres jouit d'un climat continental à faible hygrométrie (en moyenne 390 m/m de pluie par an), marqué par des vents violents, des gelées d'automne, moins dévastatrices cependant, que celles, tardives de printemps, auxquelles les vignobles sont particulièrement sensibles.

Considérations sur le contexte local en 1852.

Dans son ouvrage sur l'Algérie, le général Lacretelle, cité par le Dr Adoue, décrit les conditions d'installation en 1852 d'une trentaine de familles bavaroises qui manquaient des premières ressources.

« Le commandant de la subdivision de Sidi-Bel-Abbes, leur assigna le territoire de Sidi-Lahssen, qui avait été alloti précédemment pour la création d'un centre européen.

Il fit planter une tente pour chaque famille, leur fit prêter par le campement les ustensiles nécessaires à la cuisson des aliments, obtint l'autorisation de leur allouer jusqu'à nouvel ordre la ration réglementaire du soldat et fit camper dans le voisinage deux compagnies d'infanterie pour leur construire des gourbis et les aider dans le défrichement des lots de jardins et de grande culture ».

Cependant cette ration réglementaire que les soldats peuvent compléter auprès des vivandiers est non seulement inadaptée aux besoins alimentaires des colons et de leurs familles, mais elle se révèle très insuffisante. (Une boule de pain, par famille et par semaine).

L'accueil des premiers colons par la population autochtone.

Le général Lacretelle relate en ces termes une démarche effectuée en 1852 par les caïds de la subdivision de Sidi-Bel-Abbes, auprès du chef du bureau arabe.

«Vos frères sont nos frères, nous savons que le commandant de la subdivision a donné des tentes et des rations aux colons qui viennent d'arriver ; mais il y a parmi eux beaucoup de femmes et d'enfants auxquels il faut autre chose que la nourriture du soldat nous venons t'offrir de leur donner ce qui leur manque.

« Et, séance tenante, ils convinrent de donner à chaque famille un âne pour porter l'eau et le bois, deux chèvres pour le lait, des poules, de la laine à filer, du miel et du beurre pour la consommation de l'année. Ils convinrent aussi de labourer leurs terres pour la première année et de fournir les semences ; enfin de couper, de battre la récolte».

Sidi-Lahssen en 1853.

Situé à six kilomètres de Sidi-Bel-Abbes, Sidi-Lahssen à l'origine, groupe une quinzaine de feux, installés dans cette vallée de la Mekerra, dont le colonel commandant la subdivision assure la protection et l'administration.

En effet, par lettre du 11 mars 1853, cet officier informe le général de division commandant la province d'Oran que Sidi-Lahssen dispose d'un très beau puits donnant en quantité une eau excellente, que ses hommes travaillent au creusement d'un canal d'irrigation qui, dans quinze jours, amènera les eaux de la Mekerra jusqu'au centre du village.

Le style alerte de cet officier, permet 135 ans après, de juger de l'allant et de l'énergie de ces soldats aménageurs d'espace rural, parmi lesquels, il convient de citer, le général Bedeau, les colonels Giry, Vinoy, le commandant Barrai et surtout le capitaine Prudon qui propose un important projet de création de villages agricoles.

A la fin de leur deuxième année de présence à Sidi-Lahssen les deux compagnies d'infanterie sont rappelées, le village pouvant se suffire par lui-même (général Lacretelle cité par le docteur Adoue).

Délibération de la commission des centres de population.

Constituée par arrêté gubernatorial en date du Der février 1848, cette commission des centres de population a créer dans la subdivision de Sidi-Bel-Abbes, se réunit en séance spéciale le 13 août 1853.

Elle est présidée par M. Prudon chef de bataillon du Génie, et est composée de : Messieurs Lacretelle, capitaine, chef de bureau arabe ; Eichaker, chirurgien-major; Bounetou, capitaine inspecteur de la colonisation ; Cuinat, receveur des domaines en est le secrétaire.

La commission constate que :

« Le territoire de Sidi-Lahssen, confine à celui de la banlieue de Sidi-Bel-Abbes, que la partie de la vallée de la Mekerra qui l'en sépare est cultivée sans interruption et qu'à six kilomètres en amont s'élève un second village, Sidi-Khaled (Palissy).

«Ainsi entouré d'habitations, le nouveau centre sera dans de bonnes conditions de sécurité. Aussi la commission est-elle d'avis que l'on pourra se dispenser de l'entourer d'une enceinte défensive. Ce centre peut être considéré comme en voie de création, plusieurs concessions ont été faites, quelques maisons sont déjà construites.

Dans un premier temps, on limitera la concession de lots à un seul secteur du plan d'alignement pour renforcer le nouveau village.

Sidi-Lahssen : vu par les membres de la commission.

La commission des centres de population, constate que l'endroit choisi est situé en zone salubre sur la rive gauche de la Mekerra. Le territoire appartient à l'Etat, il s'étend sur 2041 hectares, dont le lotissement parcellaire est déjà effectué.

Sidi-Lahssen se trouve sur la route de Sidi-Bel-Abbes à Tlemcen, le village est relié par de bons sentiers avec les centres voisins qui se créent dans la vallée, en aval (Ouled Sidi-Brahim, Prudon en 1854) comme en amont (Sidi-Khaled, Palissy).

Un puits à l'origine du village.

Les eaux de la Mekerra étant souvent troubles un puits a été creusé. « II donne aux habitants une bonne eau à boire. Une prise d'eau à l'étiage, évite les remous insalubres et la dépense d'eau exagérée. Le nouveau canal creusé sur la rive gauche arrose les jardins en ceinture et donne une chute de sept mètres que l'on pourra utiliser pour l'établissement d'un moulin».

Les perspectives économiques

« Placés sur une des principales routes de la subdivision, par laquelle ont lieu d'importants arrivages de grains et de bestiaux au marché de Sidi-Bel-Abbes, les habitants du village de Sidi-Lahssen dont le territoire contient lui-même des prairies et des terres fertiles en céréales, se livreront avec succès au commerce des blés et à l'élevage du bétail ».

La construction du village.

Dans ses conclusions, la commission, évalue à 1 000 francs la dépense à engager, pour régler les pentes des rues et de la place principale. Ces travaux étant facilités par la présence de moel­lons à bâtir et de pierres à chaux. De belles carrières de pierres de taille en exploitation sont situées à proximité.

Sidi-Lahssen se présente sous la forme d'un quadrilatère de 300 mètres de long sur 260 mètres de large avec cinq rues orientées nord-sud coupées à angle droit par la route de Sidi-Bel-Abbes. Au centre la place, avec l'église, la mairie et l'école.

Le contexte politico-économique européen.

Vers 1850, le peuplement des futurs villages d'Algérie est étroitement lié à la situation économique des populations d'Europe Occidentale, France, Alle­magne, Italie, Espagne.

Si le contexte français, après les journées de 1848, les prises de position de Louis Blanc, l'ouverture des ateliers nationaux, est en principe bien connu, celui qui règne outre-Rhin l'est par contre beaucoup moins, surtout pour les Français de la fin du 20e siècle qui ne retiennent de l'histoire des relations franco-allemandes que trois grands et meurtriers conflits.

L'immigration bavaroise et badoise.

Une étude de Jean-Maurice Di Costanzo, nous rappelle fort opportunément qu'en 1830, il n'y a pas encore d'unité politique de l'Allemagne. Un organisme le Zoolverein tente d'instaurer une communauté de 39 états, villes-libres, grands-duchés jusqu'alors groupés au sein d'une Confédération Germanique suscitée par l'Autriche-Hongrie.

Ces états sont affectés d'une démographie pléthorique à laquelle s'ajoutent, les tensions hégémoniques de la Prusse.

Cette situation critique des populations, leurs difficultés économiques, l'attrait des pays neufs et surtout les liens de sympathie et de confiance qui existent depuis toujours entre la France et la Bavière peuvent expliquer l'émigration vers l'Algérie de nombreux Rhénans, Badois, Bavarois.

L'émigration vers l'Algérie.

Ainsi, 6 000 à 8 000 Rhénans et Bavarois, certains avancent le chiffre de 10 000 arrivent en Algérie après la traversée de tout le territoire français, ou par Dunkerque et Le Havre.

En France, des filières d'immigration sont mises en place. Des agents servent d'intermédiaires entre les émigrants et d'une part les compagnies de navigation qui affrètent pour les plus fortunés, des navires en partance pour les U..S.A., le Brésil et d'autre part les préfets des départements frontaliers français Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle et Meurthe et Moselle, qui sont chargés d'autoriser sous certaines conditions le passage en Algérie de candidats, généralement moins fortunés.

Des conditions de voyage effroyables.

Des familles entières s'embarquent à Dunkerque et Le Havre. La traversée est longue, parfois plus d'un mois. De nombreux enfants meurent en cours de route, leurs corps sont immergés. Ces décès ajoutent au désarroi de ces pauvres gens entassés comme du bétail dans des conditions d'inconfort et de promiscuité incroyables.

Un exemple : Le « Théodore » de 78 tonneaux embarque au Havre 118 émigrés (alors que le cahier des charges prévoit un tonneau par passager), 41 jours de mer, 11 passagers sont morts pendant le voyage !

S'il n'est pas possible de relater dans leurs moindres détails les péripéties du voyage de ces colons, il est encore plus difficile pour des Français de cette fin du 20e siècle d'imaginer les indicibles souffrances de ces laissés pour compte de la colonisation qui arrivent en Algérie dans le plus complet dénuement et qui se sont silencieusement fondus dans la communauté des Pieds-Noirs.

La contribution rhénane à la création des villages d'Algérie.

C'est ainsi que des familles d'origine bavaroise, badoise, wurtembourgeoise furent installées en 1832 à Dely-Ibrahim et Kouba, 106 familles en 1844 au Fondouk près d'Alger, un millier de personnes en 1846 à la Stidia (cf. Michel Drosson, Moulay-Magoun, Misserghin et enfin un dernier contingent en 1854, 24 familles à Dublineau et 60 familles à Sidi-Lahssen.

Le peuplement de Sidi-Lahssen.

Quelques mois après la délibération du 13 août 1853 de la commission des centres de population, 60 familles originaires du Grand Duché de Bade et de la Bavière rhénane arrivent le 10 mars 1854 à Sidi-Lahssen.

Par un rapport adressé en juin 1854 par le commandant de la subdivision de Sidi-Bel-Abbes au général commandant la province d'Oran, nous savons que ces familles ont reçu des lots de culture, des jardins arrosables et des lots à bâtir. Elles sont installées provisoirement sous une soixantaine de «tentes à 16 hommes». Pour les protéger du froid des nuits de mars, l'armée leur fournit des grandes et petites couvertures. Des semences et des plants de pommes de terre sont mis à leur disposition. En outre l'armée leur procure 80 pioches et houes, ainsi que cinq paires de boeufs et cinq voitures pour défricher, dérocher, et arracher les lentisques, les jujubiers et les palmiers-nains.

Une fois extirpé, le coeur de palmier-nain procure une nourriture indigeste, le «margaillon» des Espagnols, ses racines séchées alimentent les foyers et ses spates une fois cardées donnent un crin végétal apprécié dans la confection d'une bien pauvre literie.

La grande misère des colons.

Le maigre pécule emporté de Bavière a été dépensé au cours du voyage. A leur arrivée à Sidi-Lahssen ces immigrants sont presque sans ressources ; plusieurs familles sont arrivées avec 15, 20, 25 F.

Ce même rapport nous apprend que :

«La mortalité des familles de Sidi-Lahssen est durant ce mois de juin 1854 limitée seulement à une petite fille de trois ans, il est probable qu'avec la chaleur, cette proportion augmentera sensiblement. Ces gens des pays froids, sont en effet obligés de vivre sous la tente et ont une nourriture bien différente de celle qu'ils pouvaient avoir chez eux.

Ces gens là feraient mieux de rester chez eux, même en mendiant dans des villes où ils trouveront toutes sortes d'hospices et d'institutions de charité, que de venir encombrer une petite ville d'Afrique où sous prétexte de colonisation, ils mangent l'argent de l'Etat sans profit pour personne et sans semer un grain de mil. Aussi depuis l'arrivée de ces « Allemands », voit-on ce que l'on ne voyait pas auparavant, des femmes et des enfants demandant la charité ?

Dans ces murs et dans une ville naissante, chaque colon n'est pas riche et a besoin du peu qu'il a pour construire et même agrandir son exploitation ou son commerce ».

Le rédacteur termine son rapport par cette conclusion : « cette colonie en masse rappelle en tous points les colonies parisiennes de 1848 ».

Pétition de trente-trois colons badois de Sidi-Lahssen.

En écho à ce rapport adressé à Oran en juin 1854, 33 colons badois présen­tent le 14 juillet 1854 une pétition ainsi rédigée :

«Tous citoyens laborieux et pères de famille du pays de Bade, arrivés depuis le 10 mars et forcés de vivre sur l'argent qu'ils ont apporté et du peu qu'ils gagnent en journées, sans que rien leur fasse entrevoir une réalisation quelconque des promesses qui leur avaient été faites dans leur pays.

Obligés de reconnaître que les espérances qu'ils avaient conçues d'après ces promesses se sont toutes évanouies et que leur petit capital est déjà presque totalement épuisé par un long voyage et beaucoup de «rems » et de peines perdues, sans but, comme sans utilité ou profit, de telle sorte que s'il ne leur arrive aucun secours, ils seront hors d'état de conserver leur concession.

Résolus à ne pas devenir victimes de la misère et bien convaincus, que telles ne sont pas les intentions de l'Empereur, ils viennent supplier sa Majesté de leur faire accorder des moyens d'existence jusqu'à ce qu'ils aient obtenu une récolte et en même temps faire donner à chacun une avance pour construire une habitation. Ils pourront ainsi en répondant aux vues du gouvernement et de l'Empereur atteindre les buts qu'ils se sont proposés».

Burkhar Enderle

Christian Link

Michael Seiferer

Johan Bollmen

Peter Verlan ou Zerlan

Johan Hufschneider

Groët Aloys

Matheus Durringer

Friedrich Michael Fried

Georg Meyer

Georg Zuck

Johan Kind

Chens Eustachi

Johoenn Georg Ruff

Joseph Kupp

Michael Scherer

Sebastian Soehnenbaunn

Mattieus Heiler

Anton Lang

Johannes Keiser

Anton Naegele

Théobal Kuchler

Karl Grab

Franz Anselm

Georges Jacob Kinker

Gotfried Radler

Stuhle ou Stufle

Joseph Walz

Georg Ferdeisen

Sebastian Busen

Joseph Allgeira

Georg Michael Wunsche

Gottfried Stadler

La construction d'abris précaires.

Avant d'occuper des maisons basses de deux pièces construites en dur, les inventaires communaux examinés, révèlent la présence de «gourbis» utilisés à titre transitoire. Ainsi, après les tentes et les «gourbis» des maisons sont bâties à l'aide des pierres extraites de la calotte calcaire, scellées entre elles à l'aide d'un maigre mortier de terre argileuse.

Durant le mois de juin 1854, les maisons des colons Gerdeissens et Masson ont ainsi reçu leur charpente.

II leur est recommandé de ne pas éloigner les murs de plus de 4 mètres à 4,50 m. La couverture des maisons se compose provisoirement de branchages qui seront plus tard remplacés par des tuiles« lorsque les colons auront un peu plus d'aisance ».

Quand aux'« gourbis », témoins de la précarité de leurs conditions d'existence, ils subsisteront encore longtemps et seront utilisés pour loger du matériel ou de la volaille.

Départ vers d'autres sites.

Le temps passe, les années maigres succèdent aux années maigres. Les enfants grandissent, se marient.

L'exiguité des concessions ne permet plus de vivre à des familles atteignant parfois plus de 20 personnes. D'autant plus que toutes les familles ne bénéficient pas des agrandissements permis par des achats successifs de terres, effectués par l'Etat.

Aussi, cette nouvelle génération, née en Algérie, bien adaptée au climat, essaime vers d'autres centres en création : Tabia (1879), Parmentier (1885), Tassin (1889), ou 45 lots sont concédés à des Français d'Algérie.

D'autres colons iront encore bien plus loin, l'Echo d'Oran du jeudi 19 décembre 1889, relate déjà l'aventure de « malheureux colons que l'écœurement a poussé à abandonner le sol oranais pour les «pampas» de la République Argentine.

L'attribution des concessions

Les concessions accordées à Sidi-Lahssen, notamment sous le Second Empire, revêtent l'aspect d'un contrat signé entre :

— Le Général de division commandant la province d'Oran, il s'agit en l'occurrence du Général Charles, Cousin de Montauban,

— Le concessionnaire.

— Le conservateur des hypothèques d'Oran.

Ce contrat porte le numéro du regis­tre des titres de concession et le numéro du répertoire départemental. L'enregistrement est gratuit...

L'article I précise la contenance des parcelles concédées avec l'indication de leur situation cadastrale et leur affectation :

— Lot à bâtir de six ares situé dans le village.

— Lot de jardin arrosable de 25 ares délimité en ceinture,

— Lot de jardin non arrosable de 25 ares, également en ceinture,

— Lot de culture d'une contenance de 13 à 14 hectares ;

L'exiguïté des lots de culture dans une région où la pluviométrie moyenne n'excède pas 400 m/m par an sera à l'origine de nombreux échecs et d'une recherche incessante de nouvelles terres à cultiver.

Les concessions n'étaient pas gratuites.

L'article Il du titre de concession consulté, stipule que le concession­naire servira à l'Etat une rente annuelle et perpétuelle composée comme suit;

— Un franc par hectare pour les lots de culture et de jardin,

— Cinquante centimes par are pour les lots à bâtir.

Le concessionnaire avait la possibilité de se libérer de cette dette contractée à vie en la rachetant suivant certaines dispositions de l'ordonnance du 1er octobre 1844 qui régissait ce type de concessions. Les sommes dues sont payables par trimestre et d'avance à la caisse du receveur des Domaines de Sidi-Bel-Abbes, après un différé de trois années.

A défaut de paiement, la déchéance sera prononcée par l'Administration. Afin de ménager une fiscalisation éventuelle de ces terres, le concessionnaire était avisé qu'il sera tenu en outre au paiement de charges et impôts qui pourront grever ultérieurement la propriété foncière en Algérie.

Autres conditions acceptées par le concessionnaire.

L'article III, fait obligation au concessionnaire de mettre la totalité des terrains concédés dans un bon état de culture et de construire sur lé lot à bâtir une maison d'habitation en rapport avec l'étendue de la concession, dans un délai de trois ans par tiers chaque année dès l'attribution de la concession.

Ce même article III, précise que seront considérés comme cultivés les terrains laissés en prairies naturelles, pourvu que ces prairies soient nettoyées et que leur étendue n'excède pas la moitié de la concession. Dans cette vallée de la Mekerra, la rentabilité d'un lot de 14 hectares impliquait nécessairement le recours à des cultures donnant un produit brut bien supérieur à celui des prairies. Parmi ces cultures, seule la vigne était susceptible de répondre à cet impératif.

Des dispositions qui devaient marquer le paysage.

L'article IV du titre de concession, fait obligation de planter au moins 25 arbres forestiers ou fruitiers de haute tige par hectare en laissant au concessionnaire, toute initiative pour les répartir à son gré sur l'ensemble des terres concédées.

L'article V stipule que si le concessionnaire a dans le courant de la première année dépensé 100 francs par hectare et construit une maison, il était dispensé des conditions imposées par les article III et IV.

D'autre part, conformément aux termes de l'article VI, il est fait obligation au concessionnaire d'entretenir en bon état les canaux d'irrigation, de nettoyer les cours d'eau non navigables et d'y planter des arbres de haute futaie ou autres. Ces arbres délimitent aujourd'hui le lit de la Mekerra, fixent ses berges et les protègent des crues dévastatrices. Les murets de pierres calcaires qui entourent les lots, ne sont que la conséquence de mesures. imposées vers 1850 à des colons qui ne disposant alors que d'outils dérisoires, sont animés d'une opiniâtre volonté presque surhumaine de surmonter leurs difficultés.

De strictes dispositions conservatoires.

L'article 8 du titre de concession, prévoit que pendant 10 ans le concessionnaire abandonnera à l'Etat, sans indemnité les terrains nécessaires à l'ouverture de routes, chemins, canaux et autres ouvrages d'intérêt public.

A Sidi-Lahssen, la construction de la voie ferrée, l'extension du village, son franchissement par la route de Sidi-Bel-Abbes, Palissy, Lamoricière, rendront nécessaires en 1883 et 1901, plusieurs expropriations de parcelles appartenant notamment à MM. Bury Jean et Simon.

L'affranchissement des conditions résolutoires.

Les articles IX et suivants envisagent toutes les possibilités, affectation hypothécaire, transmission, cession et conditions résolutoires au cas ou les obligations acceptées par le concessionnaire ne seraient pas respectées.

Le 20 mai 1860, soit un peu plus de trois ans après une décision du 1er avril 1857, attribuant à un concessionnaire et à son épouse quatre lots de terrains sis à Sidi-Lahssen, l'inspecteur de la colonisation Defay procède à la reconnaissance et à la vérification des améliorations effectuées sur les immeubles concédés et constate que :

— le concessionnaire a construit une maison de 2 pièces et un gourbi le tout évalué à 400 francs.

— le lot de jardin est en parfait état de culture maraîchère, il est complanté d'une vingtaine d'arbres fruitiers;

— le deuxième lot de jardin non irrigable est entièrement dépierré;

— un autre lot ne l'est encore qu'en partie;

L'inspecteur Defay constate que malgré de très faibles ressources, ce colon cordier de métier est le seul de Sidi-Lahssen à utiliser au mieux le palmier nain en le convertissant en crin végétal. Il propose en sa faveur l'affranchissement des conditions résolutoires, suivi dans sa proposition par le chef du service des Domaines, qui le 30 juillet 1860 signe une déclaration signifiant qu'il ne s'oppose pas à l'affranchissement de ces conditions.

La croissance de Sidi- Lahssen.

Conçu en 1849, par le capitaine du Génie Prudon pour recevoir une centaine de feux, Sidi-Lahssen comptait en 1856 quatre-vingts familles cultivant 1200 hectares. Au-delà du village cinq fermes étaient construites sur des concessions isolées dont le nombre ira en augmentant. II s'agit généralement de familles de 4 à 6 personnes parmi lesquelles nous avons relevé les noms suivant : Engle, Migne, Masson, Guis, Domergue, Verdier, Montet, Poussardin, Vidal-Guenoun, Guenoun Elie, Thibout, Ségura, Chazal François.

II convient aussi de noter les efforts déployés par les colons, parmi lesquels beaucoup n'avaient aucune maîtrise de la langue, pour fournir dès 1857 des renseignements statistiques.

Première enquête démographique.

L'initiative de cette enquête émane probablement de l'armée, elle permet de mesurer les mouvements démographiques et surtout la mortalité au cours du 2e semestre 1857.

strates de

population

population au

début du

2e semestre

naissances

décès

population

31.12.1857

Hommes

165

2

163

Femmes

126

2

124

Enfants de 2 à 7ans





Garçons

39

1

38

Filles

32

32

Enfants de
-de 2ans





Garçons

31

3

5

29

Filles

24

3

27


417

6

10

413

(Source : Dépôt des archives d'outre-mer Aix-en-Provence).

Premières enquêtes statistiques.

Dès 1857, un état des surfaces ensemencées sur le territoire de Sidi-Lahssen est établi chaque année au 31 décembre.


Cultures

31 décembre

1857

31 décembre

1859

31 décembre

1860

Froment

Orge

Maïs

Pommes de terre

Fèves

Tabac

Garance

Légumes divers

Prairies

artificielles

435 hectares

104 hectares

6 hectares

10 hectares

4 hectares

1 hectare

2 hectares

---

---

591 hectares

193 hectares

15 hectares

21 hectares

5 hectares

7 hectares

---

3 hectares

---

995 hectares

897 hectares

---

16 hectares

2 hectares

6 hectares

---

8 hectares

1

562 hectares

835 hectares

1925 hectares


(Source : Archives nationales dépôt d'outre-mer Aix-en Provence).


L'extension rapide des cultures notamment entre 1859 et 1860 témoigne par ces données statistiques la ferme volonté de ces pionniers d'arriver rapidement à une certaine aisance.

L'aménagement du village

Des enquêtes successives permet­tent de mesurer les efforts déployés par les colons de Sidi-Lahssen pour se doter de tous moyens nécessaires au développement des exploitations et de l'équipement du village.



31 décembre

31 décembre

31 décembre

31 décembre


1857

1858

1859

1860

maisons

99

99

102

108

hangars

7

7

7

11

écuries

10

10

12

13

étables

12

12

12

13

gourbis

20

20

20

29

silos

20

20

20

20

puits

3

3

6

11

norias

2

2

3

3

moulins

1

1

1

1


(Source: Archives Nationales Aix-en-Provence).


Le puits creusé au centre du village, avait fait l'objet d'une lettre du 11 mars 1853 de l'officier de la subdivision de Sidi-Bel-Abbes au général commandant à Oran. Sept ans après il était complété par 11 autres puits dont 3 équipés d'une noria. Quelques années plus tard chaque maison sera pourvue d'un puits. En outre le village est doté d'un moulin exploité par M. Avrial et d'une pépinière cultivée par M. Verdier.

La situation de Sidi-Lahssen en 1860.

Une lettre adressée le 20 juillet 1860 au Préfet d'Oran par l'adjoint Reliaud constitue un nouveau et intéressant jalon sur le développement de Sidi-Lahssen et sur les résultats obtenus moins de 6 ans après sa création :

Dispositions morales de la population.

Les dispositions morales peu rassurantes à la la création du village se sont sensiblement améliorées.



Les habitudes générales.

La satisfaction des besoins a crée des habitudes de travail, mais qui n'ont pas été accompagnées de celles d'ordre et d'économie



Le bien être matériel

Centre de création récente, dont le confort matériel laisse encore à désirer.



L'état de la santé

Très satisfaisant pendant deux ans.



Les débouchés

Marché public de Sidi-Bel-Abbes, l'administration militaire, et ceux de l'administration de l'Algérie sont les seuls débouchés.



Nature et importance des transactions sur le marché public.

Le centre n'est pas doté de marché.



Diverses industries exercées

Minoterie, Briqueterie, Ferronnerie, Menuiserie, Charronnage, Cordeliers de crin végétal et de laine.

La fête patronale de Sidi-Lahssen.

En vue d'assurer le déroulement pai­sible d'une des premières fêtes patronales, prévue le 30 août 1862, le Comte de Flores adjoint, adresse le 26 août 1862, une lettre au commissaire civil de Sidi-Bel-Abbes.

C'est ainsi qu'il lui demande de détacher à Sidi-Lahssen, deux gendarmes et cinq hommes d'un des corps de troupes de la garnison, qui seront mis à sa disposition pour parer à d'éventuels désordres.

Sidi-Lahssen en 1865.

Dans son ouvrage sur l'Algérie, le général Lacretelle note «Le village compte alors 635 habitants logés dans de bonnes maisons au milieu de beaux vergers et des terres en plein rapport »

«Une personne à cette époque voulut remettre au curé quelque argent pour ses pauvres et apprit qu'il n'y avait pas de pauvres dans la commune et qu'on ne trouverait pas à y faire emploi d'une aumône ».

La vigne apparait à Sidi-Lahssen.

Par lettre du 2 février 1868, M. Raynal de Tissonnière administrateur demande à l'adjoint J. Holweck de lancer dans un délai de quelques jours, une enquête sur des productions agricoles comme la vigne, le tabac, le lin et les céréales.

«J'ai l’honneur de prier l'adjoint de Sidi-Lahssen de bien vouloir répondre au questionnaire ci-après qui concerne le territoire de son annexe. Je serais obligé à M. l'adjoint de vouloir bien me renvoyer aussitôt que possible le dit questionnaire. Les renseignements demandés devant être placés sous les yeux de M. le Président de l'enquête agricole, il importe qu'ils soient aussi rigoureusement exacts que possible et qu'ils me parviennent pour le 6 du courant au plus tard».

Cette lettre est, par son style, très significative du caractère directif des relations qu'avaient les fonctionnaires avec les représentants des collectivités locales.

Dans sa réponse l'adjoint J. Holweck indique qu'il y a 20 viticulteurs pour 12 hectares de vigne :

Récolte obtenue : 280 barriques bordelaises, vendues pour la consommation locale au prix de 80 francs la bordelaise.

Sidi-Lahssen : commune de plein exercice.

Le village est en pleine croissance, lorsqu'un décret du 25 mars 1874 l'érige en commune de plein exercice.

Cependant, Sidi-Lahssen est à l'étroit dans ses limites de 1854. Les colons le sont aussi sur des concessions de 10 à 15 hectares, beaucoup trop exiguës en raison de la faible productivité des sols peu épais.

Aussi, est grande, la détermination de certains de partir vers d'autres centres et pour d'autres d'étendre leurs concessions sur des terres couvertes de lentisques et de palmiers-nains. Les litiges consécutifs à la divagation des troupeaux ou à des déplacements de bornes sont en conséquence nombreux.

Par un extrait de la délibération du 29 octobre 1875, nous apprenons que la Djemaa du douar Tirenat, vend à l'Etat, 382 hectares, 2 ares, 10 centiares. La séance finale de signature de l'acte est présidée par M. Raynal de Tissonnière, son procès verbal s'ouvre avec la phrase « Louange à Dieu unique et miséricordieux ».

Suivent les termes de la vente de ces terres pour une somme de : dix mille deux cent dix neuf francs vingt sept centimes. Cet accord met fin à un contentieux entre d'une part la Sous-Préfecture de Sidi-Bel-Abbes et la Djemaa du douar Tirenat qui acceptait cette vente après de longues tractations, et d'autre part la sous-Préfecture et la commune mixte de la Mekerra opposée par principe à toute aliénation de terres qui réduirait la propriété indigène et par conséquent, sa superficie et son importance économique.

Cet achat permet de constituer 15 nouvelles concessions et d'accorder des suppléments de terres à huit colons.

Enfin, en 1877, au moment même ou la voie ferrée arrive à Sidi-Bel-Abbes, le village s'augmente de 350 hectares répartis entre 36 familles.

Sidi-Lahssen : une gare entre Sidi-Bel-Abbes et Tlemcen.

Le chemin de fer a largement contri­bué à la mise en valeur de l'Algérie, Paul Gaffarel dans son histoire de la Conquête et de la colonisation, l'appelle le « cheval de feu»

.

« Les indigènes apprécient très fort ce genre de locomotion rapide. II est peu de races, plus sensibles au plaisir de la vitesse. Parfois ils montent en wagon, uniquement pour le plaisir de dévorer l'espace ».

La gare de Sidi-Lahssen prolonge une voie ferrée d'intérêt local reliant dès 1877, Sainte-Barbe du TIelat à Sidi-Bel-Abbes, longue de 52 kilomètres, dont la concession est accordée à MM. Seignette et Harding.

«Sidi-Lahssen, surtout depuis qu'il est desservi par le chemin de fer est à deux pas de Sidi-Bel-Abbes. Aussi est-il un lieu de plaisir et de promenade que les bel-abbesiens affectionnent particulièrement». J. Bérard, écho d'Oran 19 décembre 1889.

Cette ligne est ensuite rachetée par le réseau Ouest-Algérien qui l'exploite en régie jusqu'au 30 juin 1929, date à laquelle sa gestion est confiée à la com­pagnie P.L.M. dont le réseau est repris à l'amiable par le C.F.A.E.

Composition de quelques municipalités de Sidi-Lahssen.

Cette communauté qui a fondé Sidi-Lahssen connaît périodiquement le tumulte des joutes électorales. Ce noyau d'immigrés de toutes origines et par la suite leurs enfants dépassent leurs misères oubliées pour s'affronter sous diverses étiquettes, que l'on peut très facilement oublier, au cours d'élections pour la conduite des affaires municipales :

Municipalité en exercice en 1880

M. Masson Denis

maire

M. Bury Jean

adjoint

M. Tritschler Gaspard

conseiller

M. Utard Gaspard

conseiller

M. Haller Théodore

conseiller

Municipalité en exercice en 1893

M. Counillon Pierre

maire

M. Chapuis Auguste

adjoint

M. Templardon Jules

conseiller

M. Hukle Léopold

conseiller

M. Bury

conseiller

M. Dorstler Charles

conseiller

M. Wesche Frédéric

conseiller

M. Nérou Louis

conseiller

M. Utard Gaspard

conseiller

M. Formbascher

conseiller

M. Naegele Laurent

conseiller

M. Masson Victorin

conseiller

Sidi-Lahssen : A la fin du 19e siècle :

En 1889, Sidi-Lahssen, s'étend sur 3578 hectares, sa population est de 951 habitants dont 354 français, 43 arabes et 554 espagnols. Dans son édition du 19 décembre 1889, l'Echo d'Oran sous la signature de J. Bérard relate : « C'est sans contredit, un des plus jolis villages que l'on puisse voir et qui montre bien à quoi l'on peut arriver en ce pays en y mettant le temps et en s'en donnant la peine, car hâtons-nous de le dire, la population de Sidi-Lahssen est composée de bons et braves colons auxquels le travail n'a jamais fait peur. Nous sommes heureux de leur rendre cet hommage si bien mérité».

Dans cet article de l'Echo d'Oran, cité in-extenso, J. Bérard témoigne pour Sidi-Lahssen un enthousiasme presque chauvin, suivi en cela par tous ceux qui, après lui, connaîtront ces villages érigés sur des champs pierreux autrefois couverts de palmiers-nains.

Cette admiration pour ce village n'exclut cependant aucun autre centre. Elle prouve, s'il était nécessaire, combien ces bourgs ensoleillés d'Oranie et d'Algérie étaient aimés de leurs habitants malgré et peut-être à cause de leurs débuts oh combien difficiles.

Elections municipales de 1900:

Composition d'une liste de candidats publiée par le Progrès de Sidi-Bel-Abbes, dans son édition du 21 mai 1900.

Counillon Pierre, maire

Foerrembascher Charles

Mauduech Auguste

Wesche Frédéric

Ruiker Martin

Kuntz Simon

Moureaux Christian

Kremer Jean

.Champagne Jean-Baptiste

Gandouin Mansuy

Masson Alphonse

Haller Auguste

Sidi-Lahssen : Détrie

En 1852, Sidi-Lahssen, n'était qu'un groupement d'une quinzaine de feux éparpillés le long d'un sentier conduisant à Sidi-Bel-Abbes. Moins de cinquante ans plus tard, s'instaure dans ce village une solidarité de foyers. En 1900 l'extension de cette petite cité, nécessite la modification du tracé de la route de Sidi-Bel-Abbes à Palissy. A l'entrée de l'agglomération, cette route franchit l'Oued Mekkera, dont les méandres sont bordés d'arbres, par un pont de pierres à rambarde métallique. Quelques habitants du village, dont M. Boni, participent vers 1900 à sa construction.

En mémoire du général Détrie.

Par un décret du 17 mai 1906, Sidi-Lahssen, prend le nom de Détrie en mémoire du général Paul, Alexandre, Détrie né le 16 août 1828 à Faverney (Haute-Saône).

Après s'être illustré par sa conduite héroïque au Mexique ce général prend en 1869 le commandement du 2e Régiment de Zouaves à Oran, il a une attitude héroïque en 1870 dans l'armée du Rhin.


Général Détrie

En 1884, il prend le commandement de la Province d'Oran ou il conduit avec tact et adresse des opérations qui amènent la pacification du Sud-Oranais.



Détrie en 1948

Moins de cent ans après sa création, Détrie s'est agrandi. Le passage à niveau situé après la station expérimentale et l'école d'agriculture est sup­primé, la route nationale 7 de Sidi-Bel-Abbes à Tlemcen, franchit la voie ferrée sur un pont construit à la hauteur de l'ancienne «petite ferme».

Les musulmans du douar Tirenat se sont rapprochés et habitent dans le village


au nombre de

2420

Les Espagnols sont

620

Les descendants des pionniers au nombre de


279

se sont fondus dans la population qui participe à l'essor économique de la commune et à la défense de la Patrie durant les trois conflits.

- 1870-1871 : malgré ses 62 ans Jean Bury s'engage comme vétéran;

- 1914-1918 : nouvelle mobilisation des hommes du village;

- 1939-1.945 : 10 jeunes ne reviennent pas à Détrie.

Ils ont apporté leur volonté et leur travail

Si l'on peut encore, aujourd'hui évoquer le souvenir de ce paisible village dont le clocher se profilait dans le soleil couchant à mi-chemin entre Sidi-Bel-Abbes et Palissy, celui de sa place avec son église aux deux rangées d'étroits vitraux, sa mairie et sa cloche, son pont de pierres sur la Mekerra, combien de personnes revoient ces alignements de pierres sèches, entassées le long des chemins et des parcelles.


Ces murets sont autant de témoins laissés par des colons, qui en moins de 80 ans ont fait surgir de ce sol maigre, pierreux, des jardins verdoyants, des champs de «Tuzelle de Sidi-Bel-Abbes », aux lourds épis dorés, des vignobles généreux de « Mourvedre » et de «Morrastel », des oliviers aux branches noueuses, porteuses de branchettes ployant sous les charges d'olives charnues. La varieté «Sigoise» était autant appréciée pour la qualité de ses fruits que pour celle de ses huiles.

Mais qui se rappelle aujourd'hui des « lentisques » et du « doum » qui recouvraient le sol de cette plaine de Sidi-Bel-Abbes ?. Extirpé, le palmier-nain fournissait de quoi calmer sa faim, ses racines séchées alimentaient de pauvres foyers, ses feuilles donnaient un crin végétal dont on remplissait des sacs de jute en guise d'enveloppes à matelas ou de coussins pour les chars à bancs. Arraché, le palmier-nain était remplacé par des cultures génératrices de ressources pour des milliers d'hommes.

C'est dans cette plaine de Sidi-Bel-Abbes que la technique des «préparés», mise au point par M. Bastide, est appliquée avec assolement «biennal» et rotation des cultures, blé, jachère cultivée (légumes secs, lentilles ou pois chiches semés à grands écartements).

Beaucoup plus tard, Augustin Bernard écrira « nulle part l'action du colon agriculteur ne s'est exercée aussi profondément et avec autant d'ardeur ».

Pour beaucoup de ces hommes et de ces femmes, venus de très loin, l'Algérie et Sidi-Lahssen-Détrie, c'était du travail, une maison et la volonté d'une vie bien remplie.

Ils ont, après un très long chemin, apporté leur ardeur au travail, construit leur maison, planté des arbres des vignobles et bien rempli une vie toute simple.

Cet article tente de faire revivre, par la mémoire quelques-uns des obscurs artisans, autochtones, français, espagnols ou bavarois de la construction de ce paisible village de Sidi-Lahssen-Détrie dont les contemporains de la fin du 20° siècle, descendants ou non de ces pionniers, ne peuvent être que reconnaissants et solidaires.

« La terre est un livre, on y lit la trace de ceux qui ne sont plus» (Proverbe arabe).





Edgar SCOTTI



Plaque commémorative du
monument érigé dans le
cimetière de Détrie.

Références bibliographiques


  • P. Gaffarel : « Histoire de la conquête et colonisation de l'Algérie», 1883. Librairie Firmin Didot, Paris.

  • L. Galibert : L'Algérie ancienne et moderne, 1844.

Imprimerie J. Claye, 7 rue Saint-Germain — Paris.

  • Général Lacretelle: ancien chef du bureau arabe de Sidi-Bel-Abbes. cité par le Dr Adoue, témoignage aimablement communiqué par M. Boyer.

  • G. Reutt : Ingénieur des services agricoles à Sidi-Bel-Abès

Directeur de l'Ecole régionale d'Agriculture.Directeur des services agricoles à Mostaganem.

Auteur d'un ouvrage sur la région agricole de Sidi-Bel-Abbes (150 pages) Imprimerie Heintz, 1949.

  • R. Tinthoin : Thèse complémentaire sur la colonisation de l'Ouest Oranais. — Documents photographiques: collection Serge Estève.

  • J. Bérard : journaliste, Echo d'Oran.

  • J. Bérard : professeur au lycée de Sidi-Bel-Abbes, /'A/gérianiste n8 6 de janvier 1979.

  • T. Bignand : documentation sur la mise en valeur de l'Oranie.

  • Dépôt des archives d'Outre-Mer, Aix-en-Provence.

  • J.M. Di Costanzo, « l'émigration allemande en Algérie ». L'Echo des français rapatriés d'outre-mer n°89.

  • M. Drosson : Histoire de la création de La Stidia. Thermographie du midi, Toulouse.

  • Echo d'Oran : collection archives d'Aix-en-Provence.



In l’AlIn l'Agérianiste n°42 de juin 1988

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